Le 25 septembre 2026, Léon XIV se tenait au Palais de l'Élysée et faisait l'éloge de la devise révolutionnaire française — liberté, égalité, fraternité —, déclarant que ses principes trouvent inspiration et accomplissement dans l'Évangile. Il a également crédité les Lumières françaises d'avancées importantes en matière de droits de l'homme, en particulier la liberté religieuse.

Le contraste mérite le dégoût.

Les autorités révolutionnaires françaises qui persécutèrent l'Église confisquèrent les biens ecclésiastiques, supprimèrent les communautés religieuses, subordonnèrent le clergé à l'État et poursuivirent les prêtres qui refusaient de se soumettre. La propagande révolutionnaire affichait même le slogan étendu : Liberté, Égalité, Fraternité — ou la Mort. Un exemplaire conservé figure dans les collections du musée Carnavalet.

Près de deux siècles et demi plus tard, un homme revendiquant la succession des papes qui condamnèrent ces principes révolutionnaires se tenait devant le gouvernement de la France et offrait à sa devise nationale des louanges.

Il l'a fait sans affronter le contexte historique que ses prédécesseurs jugeaient indispensable.

Pie VI avait déjà instruit le procès de cette Révolution

Le point de départ approprié est Pie VI, qui affronta réellement la Révolution alors qu'elle se déroulait.

Dans Quod aliquantum, publiée le 10 mars 1791, il condamna la Constitution civile du clergé et contesta la conception de la liberté et de l'égalité défendue par l'Assemblée révolutionnaire. Il rejeta en particulier le prétendu droit naturel à une liberté illimitée d'opinion et d'expression en matière religieuse. Il tenait cette conception de la liberté pour incompatible avec les obligations de l'homme envers Dieu et avec l'autorité de l'Église.

Pie VI avait affaire à quelque chose de bien plus lourd de conséquences qu'un débat terminologique. L'État français tentait de réorganiser la vie ecclésiastique catholique selon des principes politiques révolutionnaires.

L'État déterminerait les circonscriptions ecclésiastiques. Il interviendrait dans la nomination des évêques et des prêtres. Le clergé serait tenu de prêter serment d'allégeance au nouveau régime.

Ceux qui refusaient étaient traités en ennemis de la Révolution.

Les événements ultérieurs montrèrent combien peu de protection les déclarations révolutionnaires offraient aux catholiques qui se refusaient à abandonner leurs obligations religieuses.

Léon XIII donna par la suite un exposé systématique du problème de fond dans Immortale Dei. Il y critiqua les théories du gouvernement qui situent la source ultime de l'autorité dans le peuple tout en excluant les devoirs de la société envers Dieu. Il rejeta également la prétention selon laquelle l'État devrait considérer toutes les religions comme également vraies ou également dignes d'une approbation positive.

La même encyclique distinguait explicitement ces principes condamnés de la participation politique légitime, de la liberté licite et d'une prudente tolérance religieuse.

Cette distinction est indispensable.

Pie VI et Léon XIII ont enseigné que la philosophie révolutionnaire qui arrachait ces notions à la loi divine et aux droits de l'Église était intrinsèquement mauvaise.

Hier, Léon XIV a employé le vocabulaire même qui avait suscité ces condamnations, sans offrir presque aucune des distinctions théologiques correspondantes.

La question est : pourquoi.

Les martyrs absents du discours de l'Élysée

Les propos de Léon étaient d'autant plus frappants qu'il a commencé par louer l'héritage chrétien de la France.

Il a invoqué saint Irénée, le baptême de Clovis, la tradition intellectuelle française et la magnifique restauration de Notre-Dame. Il est ensuite passé par la Renaissance et les Lumières pour aboutir au langage moderne des droits de l'homme et à la devise nationale française.

Cette séquence compose un récit sans aspérités de « progrès » historique.

La France chrétienne contribue à la civilisation. Les Lumières font progresser les droits de l'homme. La France révolutionnaire fournit la liberté, l'égalité et la fraternité. Léon explique comment ces principes trouvent leur accomplissement dans l'Évangile.

L'histoire de la persécution de l'Église durant la Révolution disparaît du récit.

Les seize carmélites de Compiègne auraient considérablement compliqué cette narration.

De même que les prêtres réfractaires qui endurèrent l'emprisonnement et la déportation plutôt que de se soumettre au contrôle révolutionnaire. De même que la suppression des communautés religieuses et la transformation des églises en instruments de la religion civique révolutionnaire.

Un évêque catholique s'adressant au gouvernement français n'a pas à consacrer tout son discours aux persécutions du XVIIIᵉ siècle. Mais lorsqu'il choisit de louer la contribution des Lumières à la liberté religieuse et d'interpréter la devise révolutionnaire à la lumière de l'Évangile, l'omission devient théologiquement significative.

Le traitement réservé par la Révolution aux catholiques était directement lié à sa conception de la souveraineté politique et de l'autorité religieuse.

Un discours sur sa liberté qui omet ce conflit donne un compte rendu incomplet de ce que les autorités révolutionnaires estimaient que la liberté leur permettait de faire.

Il existe une alternative catholique évidente. Léon aurait pu affirmer la véritable liberté, l'égalité devant Dieu et la fraternité dans le Christ tout en rappelant explicitement les conséquences désastreuses de leur réinterprétation révolutionnaire.

Il a préféré laisser la distinction largement inexprimée.

Sa condamnation, distincte, des menaces pesant sur la vie humaine à naître et vulnérable, sa défense de l'enseignement catholique et sa critique d'une laïcité coercitive font authentiquement partie du discours. Elles montrent aussi qu'il n'éprouvait aucune difficulté à introduire des principes moraux explicitement catholiques lorsqu'il les jugeait nécessaires.

La question non résolue est de savoir pourquoi cette même clarté faisait défaut lorsqu'il a abordé l'héritage politique central de la Révolution.

La Couronne d'épines ne peut être séparée de la royauté du Christ

(« Et Jésus lui dit : Judas, tu trahis le Fils de l'homme par un baiser ? »)

Plus tard dans l'après-midi, Léon s'est rendu à Notre-Dame et a vénéré la Couronne d'épines avant de présider les Vêpres.

Ces deux apparitions ont créé une remarquable juxtaposition théologique.

À l'Élysée, il a loué les possibilités éthiques de la devise nationale de la République française. À Notre-Dame, il a vénéré une relique associée à la Passion et à la royauté de Jésus-Christ.

La Couronne d'épines rappelle le Roi dont l'autorité vient de Dieu et dont le royaume impose des obligations à toute conscience humaine.

Pour la théologie catholique traditionnelle, la royauté sociale du Christ est donc au centre de tout discours sur la liberté politique.

Pie XI a exposé ce principe dans Quas Primas. La société civile ne peut traiter l'autorité du Christ comme une simple préférence spirituelle privée sans amoindrir sa compréhension de l'obligation politique.

Léon XIII avait développé l'enseignement correspondant sur les devoirs des États dans Immortale Dei.

La question soulevée par la visite de Léon concerne le rapport entre ces doctrines et sa présentation de la laïcité française moderne.

Son discours de l'Élysée proposait une conception de l'État séculier qui accueille les contributions religieuses au bien commun tout en protégeant une diversité de consciences.

Ce cadre diffère substantiellement de l'enseignement pontifical antérieur sur les devoirs des sociétés catholiques envers la vraie religion.

La Couronne d'épines rend la question absente incontournable : quelle autorité le Christ possède-t-il sur la vie publique des nations ?

Un discours catholique sur la liberté qui laisse sa royauté dans l'indistinction a manqué à expliquer le principe même que les papes antérieurs tenaient pour fondamental.

Le dernier document de Rome donne au Christ un mouvement au lieu d'une Église

Le discours de Paris n'a pas surgi isolément.

Le 16 septembre, trois dicastères du Vatican ont publié Un chemin d'espérance, commémorant soixante ans de dialogue interreligieux depuis Nostra Aetate. Léon avait approuvé le document le 22 juin et en avait ordonné la publication.

Son paragraphe d'ouverture avance une affirmation aux conséquences inhabituelles : Nostra Aetate aurait marqué un changement profond dans la compréhension et l'expression par l'Église de sa relation aux autres religions.

Le mot « compréhension » fait ici un travail considérable.

Un changement de ton diplomatique est une chose. Un changement de compréhension théologique soulève une question bien plus substantielle quant à la continuité avec la doctrine catholique antérieure.

Le paragraphe 10 aggrave la difficulté.

Il décrit le christianisme primitif comme s'étant développé à partir d'un mouvement initié par Jésus et ses disciples, se distinguant peu à peu des formes contemporaines du judaïsme. La phrase suivante décrit les premiers chrétiens comme adaptant à leur situation, après Pâques, des principes juifs hérités.

Le christianisme a bien émergé historiquement au sein d'un milieu religieux juif. La différenciation entre les premiers chrétiens et les autres communautés juives s'est déployée dans le temps.

Mais la doctrine catholique ne décrit pas la fondation divine de l'Église comme le produit final de cette différenciation historique.

Le Christ a établi son Église. Il a choisi les Apôtres, confié la primauté à Pierre, institué l'Eucharistie et envoyé les siens baptiser et enseigner toutes les nations.

Ce sont là des actes constitutifs, et non de simples étapes dans le développement d'un mouvement religieux.

Pie XII a exposé la fondation divine de l'Église dans Mystici Corporis Christi. Saint Pie X a défendu la même vérité essentielle lorsqu'il a condamné la reconstruction moderniste des origines chrétiennes.

Le récit historique proposé par la nouvelle note vaticane place son accent ailleurs.

Saint Pie X a condamné ce vocabulaire pour une raison

Dans Lamentabili sane exitu, le Saint-Office a condamné soixante-cinq propositions avec l'approbation de saint Pie X.

La proposition 59 rejetait l'affirmation selon laquelle le Christ n'aurait qu'inauguré un mouvement religieux susceptible d'adaptation à des circonstances historiques diverses, au lieu de transmettre un corps de doctrine déterminé.

La proposition 60 rejetait la théorie selon laquelle l'enseignement chrétien aurait évolué successivement de sa forme juive originelle à travers des étapes paulinienne, johannique et hellénistique. La proposition 52 concernait la négation de l'intention du Christ d'établir une Église durable.

Le langage d'Un chemin d'espérance présente une ressemblance indéniable avec le cadre historique visé par ces condamnations.

La charge de l'explication repose entièrement sur les auteurs d'un document vatican qui choisit un tel langage en traitant du sujet même sur lequel Pie X exigeait une clarté doctrinale.

Pourquoi décrire l'Église d'abord comme le développement historique d'un mouvement religieux, alors que l'enseignement catholique offre un compte rendu bien plus précis de son origine ?

Pourquoi insister sur l'adaptation en laissant, à ce point crucial, l'institution de l'Église par le Christ inexprimée ?

Le problème devient particulièrement grave du fait que ce document émane des dicastères responsables de la doctrine, de l'unité des chrétiens et du dialogue interreligieux.

Ce sont là précisément les autorités chargées de protéger les distinctions que leur langage rend désormais difficiles à discerner.

La distinction que Rome persiste à taire

Le discours de Léon à l'Élysée souligne les possibilités chrétiennes de la devise révolutionnaire française tout en laissant largement de côté l'ancienne condamnation pontificale de son interprétation révolutionnaire.

Le nouveau document du Vatican décrit les origines chrétiennes dans le langage du mouvement historique et de l'adaptation, tout en laissant, au point critique, l'institution divine de l'Église par le Christ insuffisamment explicite.

L'enseignement catholique traditionnel tenait les distinctions entre vraie et fausse religion, entre révélation divine et développement humain, entre liberté légitime et indifférentisme religieux, entre l'Église catholique et les autres corps religieux, pour essentielles à l'intégrité de la foi.

Le langage contemporain examiné ici place à répétition son accent ailleurs.

Ce schéma constitue un défi sérieux aux prétentions d'une continuité doctrinale ininterrompue.

Et l'apparition de Léon à l'Élysée en fournit un exemple particulièrement frappant, parce que le conflit historique fut si direct.

Pie VI affronta un État révolutionnaire qui cherchait à subordonner l'Église à son autorité. Léon XIII expliqua ensuite pourquoi la philosophie politique sous-jacente à de telles prétentions contredisait la compréhension qu'a l'Église des devoirs de la société envers Dieu.

Hier, Léon XIV a loué la promesse éthique du plus célèbre slogan de la Révolution sans exposer clairement ce jugement antérieur.

Les seize carmélites de Compiègne n'ont pas livré leur vie pour une abstraction nommée fraternité. Elles sont mortes plutôt que d'abandonner leurs obligations envers le Christ et son Église.

Leur témoignage soulève une question qu'aucune éloquence diplomatique ne saurait esquiver.

Lorsque le langage politique ou religieux moderne entre en conflit avec la foi catholique, lequel doit être corrigé ?

Le langage de l'époque, ou la foi transmise ?