Lorsque le pape François est mort en 2025, plus de 75 % des catholiques américains le considéraient favorablement et lui avaient d’ailleurs attribué des notes positives tout au long de son pontificat. En juin 2026, 78 % des catholiques américains exprimaient une opinion favorable à l’égard du pape Léon. Mon jugement aussi sévère à l’encontre de François et de Léon s’explique avant tout par les actes et les omissions propres à chacun, tant de choses que les médias dominants comme les organes de presse catholiques s’évertuent à occulter.

Quiconque a visionné Abus sexuels dans l’Église : le code du silence, documentaire d’investigation réalisé par le journaliste français Martin Boudot, sait que lorsque l’archevêque de Buenos Aires, alors cardinal Bergoglio, tarda à réagir face à des affaires innombrables d’abus sexuels. Et pourtant, dans une tentative de disculpation, il avait osé écrire que les abus perpétrés par des clercs « n’avaient jamais eu cours dans mon diocèse ». Imaginer un seul instant une région abritant plus de 2,7 millions de catholiques sans le moindre cas d’abus relève de l’utopie ! J’estime qu’à peine un pour cent des croyants dans le monde furent informés des dissimulations orchestrées par François, et encore moins eurent vent ou purent lire les accusations portées contre lui par plusieurs sources l’accusant d’avoir abusé de novices jésuites en Argentine. Cette vérité ne vous aiderait-elle pas à comprendre pourquoi les excellents rapports dont François bénéficia auprès de 75 % des catholiques américains me laissent totalement sceptique ?

Le pape Léon doit en grande partie sa cote d’extrême popularité au succès de « Le Pérou de Léon », un documentaire spécial d’une heure diffusé par Eternal Word Television Network (EWTN) News, et qui se veut l’antithèse du film de Boudot sur « l’Argentine de François ». Maria Montserrat Alvarado, ex-présidente et directrice des opérations d’EWTN News, fut récompensée de son rôle dans la réalisation de ce programme en étant nommée à la tête du dicastère pour la Communication. À l’instar des nombreux reportages à sens unique qu’affectionne EWTN, ce documentaire omit soigneusement d’évoquer le bilan calamiteux de Léon dans la gestion des affaires d’abus sexuels au sein de l’Ordre augustinien et du diocèse de Chiclayo.

Ayant grandi à Chicago, Léon a été profondément marqué par le cardinal Joseph Bernardin, dont il a maintes fois rappelé les apophtegmes. Nul prélat américain n’illustre mieux que lui comment les catholiques d’Amérique se laissent berner dans l’évaluation d’un pasteur de l’Église que Bernardin. La plupart des fidèles américains ayant eu vent de son nom ou des accusations de mœurs portées par Stephen Cook, un ancien séminariste, furent persuadés qu’il s’était racheté avant de mourir. Pourtant, le versement de trois millions de dollars en guise de compensation financière dans le cadre d’un accord extrajudiciaire pour étouffer l’affaire Bernardin fut corroboré tant par d’autres victimes d’abus ayant personnellement connu Cook que par des défenseurs des victimes comme feu Richard Sipe. À quoi bon débourser de telles sommes colossales si la victime avait menti sur son statut d’abusé ?

EWTN et sa filiale, la Catholic News Agency, ainsi que d’autres médias et sites catholiques, se refusent à scandaliser les fidèles et à perdre leur audience (et les entrées de fonds qui en découlent) en relayant des témoignages tels que celui-ci, obtenu d’une des victimes de Bernardin qui jura avoir subi ses sévices ainsi que ceux de l’évêque de Charleston, Mgr John Joyce Russell :

À l’automne 1957, on m’a conduite dans une salle de sous-sol de la paroisse Sainte-Marie de Greenville, en Caroline du Sud. J’avais onze ans et venais tout juste d’être confirmée au printemps précédent. Plusieurs personnes s’y trouvaient dont un certain Allemand qui semblait diriger l’affaire, mais un homme à la chevelure argentée officiant en soutane tenta de me violer. J’ai résisté. Je l’ai reconnu comme Mgr Russell, qui m’avait confirmé, et je lui ai lancé qu’il était évêque et devait se montrer bon. « Vous êtes l’évêque, vous devez être bon. »

Ils m’affirmèrent que mon père était mauvais, que ma mère était mauvaise, donc que j’étais mauvaise. Quant à moi, je répliquai que Dieu m’avait faite, et Dieu étant bon, j’étais bonne à Son image. Cela les mit hors d’eux.

Je n’avais pas remarqué sur-le-champ la présence du père Joseph Bernardin, mais il me prit sur ses genoux et me dit que j’étais une bonne fille et que Dieu se réjouissait de moi. Il me fixa avec une douceur mêlée de concupiscence avant de m’étreindre, si bien que je fondis en larmes et me détendis. Puis il me viola, affirmant après coup qu’il « injectait le démon en moi ». Il acheva son forfait par l’outrage abominable d’une hostie qu’il plaça sur son membre avant de m’ordonner de la prendre dans ma bouche. Je résistai, refusant de desserrer les lèvres. On me maintint alors le nez pour que j’ouvre la bouche et respire. Je ne recrachai pas l’hostie car je craignais qu’il s’agisse d’une hostie consacrée à jamais. Bernardin déclara que l’absorber serait la preuve du contrôle que le démon exerçait sur moi.

J’avais déjà croisé le père Bernardin à maintes occasions, lui qui accompagnait régulièrement Mgr Russell, venu en personne à notre paroisse. Peu après ces événements, Mgr Russell fut muté à Richmond. En 1961, ma famille quitta la Caroline du Sud pour un État voisin.

Je fus dans l’ignorance de l’ascension hiérarchique de Bernardin. Je quittai même le pays au début de 1983, et ce n’est que des années plus tard, à mon retour aux États-Unis, que je découvris que ce prêtre que je connaissais sous le nom de père Bernardin avait été élevé au rang de cardinal.

Au début des années 1990, je révélai à Malachi Martin, que l’on m’avait présenté comme un intermédiaire digne de confiance pouvant transmettre ma déposition au Vatican, ce dont je fis part. Martin en tira un roman – les faits y sont romancés et la date modifiée –, mais l’essentiel du crime de viol liturgique, lui, est des plus tangible, tout comme la présence de Dieu au sein de l’enfant meurtri. Martin me confia que le pape souhaitait connaître mon ressenti spirituel d’alors, aussi lui contai-je ma conviction profonde que les mots me furent dictés par Dieu lui-même lorsque j’affirmai : « Je viens de Dieu et suis bonne ». Il intégra cette confidence dans le roman. Plusieurs autres détails de l’histoire de « Agnès » me convainquent qu’il ne s’agit pas d’une autre personne que moi. Quoique beaucoup veuillent croire que ces événements survinrent peu avant le concile Vatican II, ils se déroulèrent bien avant. Sans remettre en cause qu’une agression similaire ait pu frapper un autre enfant plus tard, celle que Martin relate ne saurait être qu’une transposition de ce dont je fus l’objet.

Tout comme Lisa Roers l’a révélé au sujet du père Dennis Hanneman, inculpé pour abus sataniques commis à Omaha sur deux fillettes d’environ dix ans, « Agnès » porta également plainte auprès des autorités ecclésiastiques, en vain : son témoignage fut relégué dans le coffre-fort secret de l’archidiocèse de Chicago. Des copies de rapports datés de 1993 à 1995 détaillent des accusations explicites portées contre Bernardin et y attestent qu’il fut un abuseur sexuel de mineurs comme d’adultes de sexe masculin. Selon les comptes-rendus de Church Militant en 2019, une lettre de juin 1993 découverte dans les archives secrète révélait qu’« Agnès » y déclarait : « Le père Bernardin, alors simple prêtre, m’a violée au cours d’un rituel satanique. Il accompagnait Mgr Russell, qui présidait l’office… Russell était le protecteur du père Bernardin, et j’ose à peine songer à combien de [autres prédateurs] Bernardin a pu protéger au sein de l’Église et de sa « confrérie ». » L’ancienne procureure générale Lisa Madigan constata que le cardinal Blase Cupich et les évêques de l’Illinois avaient dissimulé le nom d’au moins cinq cents clercs accusés, étouffant ainsi les plaintes formulées à l’encontre de six cent quatre-vingt-dix prêtres tout en n’en divulguant publiquement qu’un tiers seulement. Parmi les coupables dont le nom fut étouffé figure celui de Joseph, cardinal Bernardin.

On s’interroge alors sur les milliards – voire les dizaines de milliards – de dollars que l’Église catholique aurait à débourser si des États comme l’Illinois ou le Nebraska devaient, à l’instar de New York, du New Jersey, du Maryland ou de Californie, lever la prescription en matière d’abus sexuels au travers d’une « fenêtre rétrospective ».

Outre les accusations selon lesquelles Bernardin aurait, en 1957, « collaboré » avec Mgr Russell pour abuser d’« Agnès », il fut aussi mis en cause dans une plainte pénale déposée en 2023 au Wisconsin l’accusant, aux côtés de Théodore McCarrick, d’avoir participé à des abus commis sur James Grein dans une résidence proche du lac Geneva en avril 1977. En tant qu’enquêteur et défenseur de victimes, je suis enclin à accorder davantage de crédit aux allégations lorsque celles-ci émanent de plusieurs témoins tels qu’"Agnès", Cook ou Grein, ayant tous trois rapporté des abus ou des débordements homosexuels perpétrés par Bernardin en des temps et lieux différents.

Ce schéma avéré de comportements prédateurs fait écho à l’affaire dont je fus partie prenante pour faire condamner un aumônier catholique coupable d’abus sur l’enfant d’une famille de la Navy en Sicile, puis sur celui d’une famille du Corps des Marines à Beaufort, en Caroline du Sud. Le chapelain, Mgr Robert Hrdlicka, fut reconnu coupable en 1993 de six chefs d’accusation d’actes indécents et d’un chef de libertés indécentes envers un mineur. Quatre frères originaires de Lincoln, dans le Nebraska, l’accusèrent plus tard d’abus commis avant qu’il ne devienne aumônier de la Navy. Selon les rumeurs, les frères exigèrent deux millions de dollars du diocèse de Lincoln pour taire les agressions dont Hrdlicka les aurait rendus victimes.

Feu Richard Sipe et moi déplorons que le secret, s’il nous permit de prendre conscience des mœurs prédatrices de clercs comme McCarrick, Bernardin et d’autres aujourd’hui disparus, nous empêche bien souvent d’exposer publiquement l’identité des victimes. Cook mourut du sida comme tant d’évêques et prêtres ; « Agnès », pour sa part, eut la chance, à l’instar de Lisa Roers (dont les abus continuent d’être étouffés par le pape Léon et l’archidiocèse d’Omaha), de se marier et de fonder une famille. Malheureusement, beaucoup de victimes d’abus sexuel sombrent dans la drogue et l’alcool, ne trouvent jamais l’amour et n’ont point d’enfants, voire mettent fin à leurs jours.

Bernardin et Russell ne furent pas les seuls clercs à œuvrer en duo pour commettre des abus sexuels. Shawn Senuta allègue avoir subi des abus de la part des évêques Joseph Maguire et Christopher Weldon alors qu’il n’avait que quatre ou cinq ans et vivait à Brightside, un institut pour enfants dépendant du diocèse de Springfield (Massachusetts). Senuta poursuit aujourd’hui l’institution pour dix millions de dollars de dommages et intérêts.

Je ne puis qu’éprouver une pitié mêlée de mépris pour des clercs défunts tels Bergoglio/François, McCarrick, Bernardin, Russell, Maguire, Weldon, ou pour des prélats toujours en fonction comme Léon/Prevost, Fernández, Cupich, McElroy, Knestout, Lori, et bien d’autres que, d’après les nombreux éléments confidentiels dont je dispose, je soupçonne d’être des êtres narcissiques, manipulés, homosexuels dans le placard et fraudeurs de la pire espèce. À mes yeux, ces prélats complices, à la sexualité refoulée, ne diffèrent en rien des évêques lascifs ou prédateurs dont traite cette lettre du 28 juillet 2016 rédigée par mon défunt ami Richard Sipe, dont l’existence exceptionnelle est retracée dans cette vidéo à voir absolument : Sex, Lies, and the Priesthood: The Truth and Revelations.

En somme, l’Église catholique n’a nul besoin d’un synode ni même d’excommunier les fidèles et les clercs attachés à la tradition qui refusent de cautionner la nomination ou l’avancement de prélats homosexuels dans le placard, favorables à la cause LGBTQ+, tels l’évêque de Fribourg Christian Würtz et tant d’autres. Ce dont l’Église a impérieusement besoin, c’est d’un pape ouvertement catholique et de clercs droits, chastes et fidèles à leur vocation.